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Domino Deuil...



Salut à vous, doigts de mains!
Je suis l'humble et obscur soldat Double-Zéro appartenant à la glorieuse armée du légendaire général Double-Six.En fait, je suis un piètre combattant souvent vaincu toujours battu...Je n'ai jamais été au point pour me faire remarquer et pour marquer des points, aussi tant mon poitrail que mon bas ventre est blanc de blanc; vierge de décoration.


C'est pourquoi de mon oeil central admiratif un brin envieux je contemple le restant du bataillon autour de moi qui s'aligne en rangée pour la revue et corrigé.
Il y a l'aumonier et homo nié; Un-Six soit-il. Le trouffion un peu trou du cru Trois-Deux qui est de Troyes alors que son compaire de tête à queue le Deux-Trois est d'Eu.On trouve aussi le spécialiste des liaisons radio: le Cinq sur Cinq. Et puis le poéte gris de vers; Quatre-Un. Egalement pour les grandes manoeuvres sur tapis vert: Quatre-Quatre.
Mais sa douleur secrète sa blessure muette, lui qui n'avait point de point sur le pourpoint, qui présentait autant fesse que face blanche, c'était son demi-frère de jeu: Zéro-Six ou Six-Zéro, si près de lui par le néant du bas, mais tellement plus proche de leur père par le tout du haut...car le général Six-Six était bel et mâle leur géniteur à tous deux. Mais le gradé ne se remettait pas d'avoir enfanté un sot six en fautant avec la jolie Six-Trois, tentant un 69 qui a mal tourné, basculant tous les points du même côté...La pauvrette se retrouvant en Zéro-Neuf et banni du jeu de domino car hors jet...des standards de son étendard. Comble de malheur, ses points de retraite se transforment tous en points rouge ! La honte absolue ! Comme marquée au fer rouge à tout jamais puisqu'aucune boite de dominos digne de son Non ne l'accueillera, elle finira en exil et seule et minable , par trop difforme pour le triominoet son aire supérieure...
Même le malheur du Deux-Zéro ne consolait pas notre domino immaculé, lui qui avait démarré dans l'armée en tant que Cinq-Quatre, mais qui avait perdu la majeure partie de ses points pour méconduite en état débris et thé, basculant dans la tasse pour la boire tout en faisant tâche ronde.
Mais voilà le jour de gloire ! Le jour de la grande bascule ! Le Domino Day ! La parade absolue !
Le moindre domino en tremble d'émotion rien que de ne pas en parler.
Et nous voilà la veille, le jour de l'ultime répétition pour le lendemain de gloire. Tout le monde ivoirin et lisse s'agite d'excitation, mais comme les extrémités même à bout sont arrondies, il n' y a pas d'étincelles. Tous...sauf un.
Lui.
Blafard-livide.
Par la première fois de sa vie il a un avis. Alors que tous ceux qui sont pour se blottissent contre entre eux, lui qui est contre s'en va faire un tour pour.
Il refuse de se faire culbuter pour la glorioled'un index méprisant et de se coucher à cause d'une chiquenaude irresponsable. Il veut vivre debout. Pas question de s'allonger, de baisser la tête pour la rentrer dans le cul du domino ultérieur alors que son postérieur subit le même assaut du domino antérieur !
Déjà lui le renégat des nougats, le rejet de pioche, était tellement décalé qu'il ne rentre pas dans le rang d'oignon au culte serré. Pas question de s'aligner en gare dévouée de garde à vous !
Il n'admet pas de devenir le domino inconnu tombé au champ donneur pour établir un record absurde et inutil, vain sur vain. Anonyme paralépipède parmi des dizaines de milliers d'autres hotes se sacrifiant pour quelques secondes de lumière éphémère !
Son choix est arrêté cette nuit là. Il sera déserteur et il décide de prendre le tapis en maquis.
Vers les trois points et quart du matin à l'horloge de la boîte. Il s'enfuit de l'enceinte de bois dans laquelle il est caserné. Par chance et opportunisme, il avait été couché à l'extinction des jeux, sur la rangée du dessus. C'est doncsans bruit de raclement, dans un glissement silencieux qu'il pousse le couvercle de sa geole pour se jeter par dessus bord vers le dehors.
Vive la liberté !
En route vers un monde sans ordre donné en abscisse et sans ordonné en abysses...
Mais il lui faut traverser la grande place de l'immense salle toute carrelée de blanc et de noir, puis du contraire et ainsi de suite jusqu'à l'inverse. Le courageux rebelle qui courre se faire la belle au dépens du bois dormant craint du fait de son grain, d'être rapidement repérer lors de son périlleux périple. Aprecevant la restauration de ses ludiques tortionnaires, il renverse brutalement une pilede plaquettes de chocolat qui se brisent en mille morts sots sur le sol à damier. Le camouflage sera parfait, il ne lui reste plus qu'à faufiler sa double case blanche entre les cases de cacao s'en faire cas haut d'un chaos.
Hélas...
quand on est né le lendemain de la chance...la vie s'evertue sans vertu à vous pourrir chaque instant qu'elle vous prête. Déjà derrière sa peau lisse, une alarme retentit. Son évasion vient d'être découverte et sa futile absence aussi insignifiant fut-il, met en péril le savant équilibre de l'effondrement général organisé.
Une voix sans issue s'élève de la boîte. Cette voix...si connue et tellement étrangère: celle de son père, le généralissime Six-Six : « A mon Comment Dément...Batterie, En place ! »
déjà les artilleurs se placent en batterie. Près à faire feu point par point. Ce sont bien sûr les gros numéros qui montent au crédo et pointent le frêle fuyard qu leur tourne dos.
« pion à volonté ! » a hurlé son géniteur boyau.
Et les points noirs voltigent et sifflent autour du blanc de blanc, comme un mort en sursis sans remord en sursaut. Les batteries se vident dans la plaine. Le Cinq-Trois devient petit appétit Quatre-Trois, Trois-Trois, Deux-Trois de Gibraltar en défouraillant sur l'agile batard, s'évidant de ses points de côtés par trop évident.
Mais double Zéro ne se prend pas Zorro. En déveine il sent bien que sa course est vaine à cause de ses pieds carrés qui ne font que l'égarer.
Alors, Bravache dans la bravoure, dans un baroud d'honneur de leçon, il se retourne et fait face à ses lâches agresseurs pour leur crier sa liberté :
« Je n'ai pas l'âme noire ! Je ne serai jamais comme vous ! Comme toi, père de pierre ! Déférent prêt à m'applatir pour rouler ma bosse ! Je suis différent ! Différent de mes pareils ! »
Ce sont ces derniers mots, car un point traçant le touche de plein fouet en pleine poitrine.
Il oscille d'avant en arrière, hésite entre droite et gauche. Puis finalement reste debout à l'endroit comme un Ni !
Le général Six-Six parvenu à ses anguleux côtés découvre l'usufruit de ses entraille, le domino fusillé par un court jus d'un seul point au centre de son thorax perforé soutenu par un abdomen de neige qui refuse d'abdiquer.
L'intransigeant officier qui a fait scier son fils rage entre ses galons : « Tu étais bel et bien Un Zéro ! »
Un-Zéro...
pourtant, le point unique n'est point noir charbon et ténèbres comme ses faux frères.
Non
il est rouge sang et amour.
Car le double zéro était le seul domino à avoir un coeur
héritage de sa douce maman...
Zéro
Un...
comme unique !

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2 avis pour “Domino Deuil...”
  1. En voilà une belle partie Clin d'oeil

    Par Tekiro | dimanche 12 décembre, 19:20
  2. je suis très attaché aux belles parties...
    ce doit être mon côté morpion !

    Par SentisMental | vendredi 17 décembre, 19:07
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